Réhabiliter le laisser tomber

Chronique PSYCHOLOGIE POSITIVE MAGAZINE 42
Laisser un commentaire

Il est entendu que la persévérance est l’un des ingrédients de notre succès. La volonté présiderait les qualités nécessaires à la réussite. A l’opposé l’abandon et la faculté à laisser tomber portent souvent, dans l’imaginaire collectif, le chapeau de la  couardise et de l’entrave à notre développement.

 

Pourtant, savoir rebrousser chemin, aussi nécessaire que difficile, est l’une des clés de notre épanouissement. Annie Duke1, championne de Poker professionnel et chercheuse en psychologie cognitive nous en donne trois explications.

 

La myopie des opportunités

Faire un choix, quel qu’il soit, nous prive d’autre chose. Mais une fois la décision prise, afin de nous en satisfaire, nous ne percevons plus ce qui existe par ailleurs. Nous associons désormais l’idée d’y renoncer comme celle d’être perdant sans examiner le champ de tout ce que nous pourrions, en fait, retrouver d’autre.

 

L’escalade de l’engagement

Plus nous nous consacrons à ce que nous avons choisi, plus nous accumulons de raisons pour ne plus modifier notre trajectoire. Un couple, par exemple, se forme sur des sentiments, mais se transformera en une accumulations de responsabilités familiales, parentales ou économiques qui lesteront les prises de décisions individuelles ultérieures. Nos choix passés forgent notre identité. Changer le cours des choses devient plus impliquant.

 

L’inégalité des regrets

Nous manifestons naturellement une préférence pour ce qui est familier. Malheureux dans notre travail, par exemple, en se projetant dans un an, il est certain à cent pour cent que nous le serons toujours. Et bien que prendre le risque d’en changer introduit un pourcentage non déterminé d’amélioration, il nous est souvent plus naturel de nous abstenir d’en saisir l’opportunité. Nous démontrons ainsi notre plus grande tolérance à l’égard du regret de n’avoir rien fait que de celui de risquer de nous tromper.

 

La garantie de l’ignorance

Pourtant toutes nos décisions ont été prises sans aucune certitude sur l’avenir. Nous avons donc déjà été capables de nous jeter dans l’inconnu. La clé, pour parvenir à renoncer, est d’accepter que les circonstances évoluent constamment. En changeant d’avis , nous n’invalidons pas nos engagements passés, nous acceptons qu’une situation ait pu changer, comme le reste de ce qui nous entoure.

 

Le vrai héroïsme devient alors notre souplesse à faire demi tour plutôt que l’acharnement à tout prix pour se targuer de ne s’être pas trompé.

 

Votre exercice :

Quelle non décision feriez-vous bien d’examiner ?



1Autrice de “How to decide – Simple tools for making better choices” ed. Porfolio – 2020

A lire aussi

Le bonheur se travaille

Comment définissez-vous le bonheur ? Du point de vue de la psychologie positive, le bonheur est constitué de trois ...

Les Servan-Schreiber, portrait de famille

Ce portrait de famille, en dehors d’avoir demandé un travail de recherche considérable pour la revue Herodote.net, a le ...

Europe 1: le grand direct de la santé

Mélanie Gomez sur la Cuisine Positive dans le Grand Direct de la Santé de Jean-Marc Morandi sur Europe 1. ...

Commenter