Sous le signe du Buffle

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Dung a profité d’un moment de confinement pour nous écrire et nous raconter son histoire. Il y est question de late blooming, de cuisine et de résilience. Ingrédients courants des super pouvoirs. Nous avons eu envie de la partager avec vous et de relayer ses recettes.

Si vous êtes aussi passionné·e de cuisine et aimez les jolies photos, signalez-nous votre blog ou votre compte insta et vos recettes, nous nous ferons un plaisir de les publier ici !

Voici son parcours :

Je m’appelle Dung et suis née sous le signe du Buffle (les buffles d‘eau que vous avez mentionnés dans votre récit).

C’est une amie amoureuse du Viêt Nam qui m’a permis de vous découvrir. En effet, elle m’a fait parvenir « Votre rapport d’étonnement », écrit à votre retour de mon pays natal, que j’ai quitté le 23 Avril 1975, quelques jours avant la chute de Sài Gon.

Nous sommes arrivés à Montpellier, en tant que réfugiés politiques en juillet de la même année, après avoir passé 2 mois dans le camp de Pendelton, monté dans le désert californien.

Un an plus tard, mes parents, n’ayant pas trouvé de travail (mon père, 51 ans, avait fait ses études d’ingénieur à Chartres et à Grenoble, et ma mère, 41 ans, travaillait à l’ambassade américaine), décident d’ouvrir un restaurant en plein centre de Montpellier, juste à côté d’un cinéma.

Nous y travaillons tous : mes parents, ma grand-mère maternelle, ma tante, mon oncle, ainsi que notre fratrie de 4. Tout en poursuivant nos études au lycée puis à l’université. J’avais 14 ans et demi. Nous travaillons à la sortie du lycée, et de la fac, les week-end, les jours fériés, les jours de l’an…
Mes parents apprennent leur métier à Lyon, partant le dimanche soir et revenant en fin de semaine. Dans les premières années, mon père doit tout improviser (aucune notion de cuisine, ni de gestion).

Mais le temps passe, il était fier de l’essor de son affaire car les clients fidèles deviennent ses amis. Le maire de Montpellier vient très souvent, avec son épouse, toujours à la même heure, à 22h30, par discrétion. On leur réserve toujours la même table.

Lorsque mes parents prennent leur retraite à la fin des années 90, ils nous demandent de reprendre le restaurant, mais nous refusons, car nous avons tous un travail, et que ce métier est tellement difficile.
Pourtant, fin 2011, après avoir essuyé plusieurs restructurations dans ma vie professionnelle et être retournée voyager au Vietnam, je décide de me reconvertir. En préparant, à plus de 50 ans, un BTS Hôtellerie/Restauration.
Je suis plus âgée que tous mes profs, et même la directrice de l’école qui a mon âge, ne croit pas du tout en moi. Imaginez la réaction des élèves qui avaient entre 18 et 20 ans, lorsqu’ils m’apercevaient en fin fond de la classe, pensant que j’étais leur prof.
Le soir, en rentrant, ils disent tous à leurs parents qu’ils ont une mamie dans leur classe.  Mais avec le temps, tout le monde s’y fait. Je suis même élue Déléguée de classe durant ces années d’étude. A la fois leur porte-parole, leur mère, et conseillère. Je garde toujours contact avec certains d’eux. J’ai oublié de vous dire qu’ils m’appellaient tous mamie, et maintenant encore.
 J’ai obtenu mon diplôme… Là aussi, les professeurs du lycée hôtelier, sont tellement surpris de me voir arriver avec la tenue adéquate pour passer les examens. Pour vous dire, je ne savais même plus comment remplir les copies où il fallait mettre toutes les choses, dont le numéro de candidat. Tandis que les autres commençaient à lire les sujets, j’étais toujours dans mes paperasses et ai dû recommencer à plusieurs reprises.

Je fais la cuisine depuis 2016, en tant que micro-entrepreneure. Je prépare et livre des repas viêtnamiens uniquement sur commande.

Je suis plus qu’une passionnée de cuisine. Contrairement à mes parents qui ont dû faire leur métier par obligation, j’ai choisi ma reconversion. Lorsque nous faisons quelque chose par obligation ou sous contrainte, ce n’est jamais agréable.

Je suis épanouie et très heureuse dans ce que je fais, même si ce n’est pas facile tous les jours, comme en ce temps de confinement, où je suis en inactivité, comme beaucoup d’entre nous.
 Retrouver les recettes de Dung sur instagram (cantinedenhudung).

Pour retrouver sa technique des radis en forme de fleurs et ses autres recettes : cliquez ici
Publié le 2 avril 2020

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