La fin du début

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Période troublée, ou comment les meilleures nouvelles sont suivies d’effets secondaires indésirables mais désirés.

Pas clair ? Classique, pourtant. Cette année, mes deux grands enfants ont chacun terminé un cycle. L’un ses études universitaires, l’autre les secondaires. Deux objectifs atteints non sans revirements et trépidations. Fils tortueux qui dans les deux cas ont contribué à notre fierté soulagée de les voir arriver au bout. Et quel bout.

Le discours

Notre aîné avait été choisi par sa promotion pour exprimer le point de vue des élèves lors d’un discours final. Trac, incertitudes dans l’écriture sans cesse remise au lendemain, jusqu’à la veille de la cérémonie. Celle-ci était terriblement formelle. Les hôteliers aiment les conventions. Et puis ce fut son tour. Dernière pirouette des célébrations. L’école lui avait fait promettre de se raser. Il s’était donc coiffé.

Il est monté à la tribune dans une tenue inspirée par celle du Petit prince. Des épaulettes et du bicolore, à mi chemin entre le déguisement et les conventions. Tout pour me plaire dans ce temple de l’uniformité.

Dans un anglais ciselé par ces 4 ans de pratiques économiques, il est parti, posé, précis et présent. Il a DÉCHIRÉ mon garçon. En deux phrases, les larmes me coulaient sur les joues. Les blagues étaient drôles et bien placées. Le texte plus qu’humain et reconnaissant. Exprimant sa gratitude à tous ceux qui contribuent, devant ou derrière les portes battantes des annexes à éduquer cette cohorte. Les sponsors et géniteurs que sont toutes les familles présentes ce jour là ont aussi eu droit à leur mercis. Même les gaillards réservés de l’assistance se fissuraient peu à peu. Notre rang se liquéfiait, le coeur trop plein de ce jeune homme inventif, doux, généreux, humble, articulé, beau comme un camion et tellement juste.

Quel charme

Quelle jeunesse, aussi. Des pères bouleversés, venus le féliciter, lui présentaient leur fille. Au passage. Des mères lui pleuraient  sur l’épaule et une myriade de camarades le remerciait d’avoir donné d’eux une image si attachante. Et mon coeur à moi, pendant tout cela faisait des sauts périlleux. Le voyant tellement heureux.

Tout cela a eu lieu il y a 7 jours. Et le voilà déjà depuis atteint d’une première dyssentrie en Inde. Car, de ce succès couronné, il s’est enfui. A la recherche des autres versants de lui-même. Visiter le monde pour faire sa propre connaissance. Le voici, cet effet si désiré qui me coute cependant tellement. Pas d’itinéraire précis ni surtout de date de retour choisie. Je suis une Maman restée à quai. Dans quelques semaines sa soeur s’exilera aussi. Destination connue, c’est déjà cela. Durée initiale aussi. 4 ans au moins.

Et voilà, ce que j’ai ressenti très violemment hier.

 

Ce début de la fin

Fin de notre cellule telle que nous la pratiquions. Fin de leur enfance à eux et donc du costume endossé il y a 20 ans à leur encontre. Je me sens comme un TGV dont les rails se dérobent sous ses roues. Peur de perdre ma route. Pas encore ma place, il nous reste un enfant encore à mener à bon port. Mais je n’aime ni l’idée ni la vision du trou que laissera leur absence.

Etranglée par ces questions, je suis nostalgique. Déjà. Et ça, je n’aime pas l’être.

Alors je me suis dit ceci : et si plutôt que le début de la fin, c’était la fin du début. Cela laisse plus de place à la suite. La suite de la prochaine phase de nos vies d’adultes. Celle où on récupère des points de bonheur quand le nid se vide. Ca me parait fou aujourd’hui, mais c’est statistique. Alors nous verrons bien où tout cela nous mène. Malgré les sandwich de science du bonheur parfumés à la sagesse (durement acquise de mon âge avancé) que je mâchouille au quotidien, je reconnais ici que je suis humaine et encore triste de tout cela.

Merci, mes enfants. De m’apprendre une fois de plus que je ne sais rien encore dès qu’il s’agit de l’amour que j’ai pour vous.

Le discours :

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8 commentaires sur “La fin du début”

  • sabine dit :

    regrette d’avoir attendu quelques jours avant de voir ça. Ce discours est formidable par sa construction et son charme soigneusement pondéré. L’auteur est aussi appétissant qu’un croissant chaud. Je me demande si Sacha nous offrira un jour
    ce délicieux compliment. Mille tendresses pleines de félicitations.
    SabineSS

  • sabine dit :

    regrette d’avoir attendu quelques jours avant de voir ça. Ce discours est formidable par sa construction et son charme soigneusement pondéré. L’auteur est aussi appétissant qu’un croissant chaud. Je me demande si Sacha nous offrira un jour
    ce délicieux compliment. Mille tendresses pleines de félicitations.
    SabineSS

  • franklin dit :

    Formidablement touchant ton texte, et malgré le jeune age de mon fils je ressens déjà la nostalgie que tu évoques car je projette déjà de la séparation inévitable.
    Arthur a fait un discours plus que génial, de son écriture à son élocution à son accent parfait en anglais (bravo l’éducation), avec un aplomb impressionnant devant son publique si nombreux. Comme tu dis à la fin de la vidéo “C’est une Rock Star”. Il a bien trouvé sa musique. Bravo à toi, au père, et à Arthur.

    Bravo aussi à Pénélope d’avoir réussit son Bac. Un miracle bien mérité pour une jeune fille au sourire enchanteur qui va séduire le monde entier.

  • juliette dit :

    Mes enfants sont encore petits… Alors votre message je vais le mettre à l’abri 😉 afin de le retrouver le moment venu 😉 Et en attendant, je vais continuer à profiter d’eux chaque jour en veillant à savourer vos kifs de bonheur parfumés à la sagesse… Amitiés et Canelés !

  • desterbecq costuas dit :

    j’ai beau me réciter régulièrement le poème de Khalil Gibran ” Vos enfants ne sont pas vos enfants …” chaque départ du nid est un renouveau fait à la fois de bonheur mais aussi de tristesse car ce qui était ne sera plus …

  • Guillaume dit :

    Bravo ma Flo. J’admire ton rebond programmé. Je ne suis pas sur d’être aussi…vivant que toi lorsque ça m’arrivera d’ici peu ! Je t’embrasse et tu as bien sûr toutes les raisons d’être si fière de ces deux là !

  • PIrierros AM dit :

    Peux t-on en avoir la traduction ? Merci d’avance

  • Fournié dit :

    Merci Florence pour ce témoignage fort et si bien écrit. Les petits s’envolent du nid parce que les parents leur ont appris à voler, et c’est une grande chance qu’ils leur ont donnée.

    C’est un plaisir d’entendre un discours si ponctué d’humour. Certains en manquent tant !

    bien cordialement
    Christine

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