Dans mon Champignon, par Florence Servan-Schreiber

Dans mon champignon

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J’ai passé mes vacances au paradis. L’un de mes plus profonds fantasmes enfin réalisé. Un de ceux qu’il n’est facile ni de s’avouer, ni de faire exister. Je laisse planer le suspense, mais bon, je vous le dit, celui-ci n’est même pas sexuel. Déçus ?

Je suis allée passer 3 jours seule, chez MOI. Quand je dis chez moi, c’est chez moi toute seule. Le reste du temps je vis avec ma famille. « En ménage » comme on dit, depuis 30 ans, ce mois-ci. Je dors, je vis, je me prépare, je rentre et je cuisine au sein d’une collectivité, chaleureuse et sympathique. Et bien que ma bande soit de plus en plus réduite, ça fait quand même encore du monde.

Alors je rêvais. D’une « maison de poupée ». Plus exactement, d’un endroit sans compromis. Comme le champignon de Oui Oui. L’idée me trottait dans la tête. Comment, en plein Paris, disposer d’une garçonnière quand on est une fille aux intentions pacifiques mais désireuses de liberté domestique ? J’ai vécu chez mes parents, chez ma grand-mère, en colloc, re chez mon père, et enfin avec mon mari.

Je n’ai jamais habité seule !!!!! Non mais vous imaginez ? On se croirait au XXè siècle.

Mes paradoxes sont nombreux, tribale mais solitaire est l’un d’eux. Bref, à rêver de ce champignon, j’ai choisi de passer à  l’action. Je suis allée voir ma banquière pour lui demander de m’aider et elle l’a fait. Nous avons indexé mon recoin sur mes moyens et je me suis mise en chasse. Mille excuses se bousculaient dans ma tête : investir, préparer l’avenir, loger mes rejetons. Tout y est passé, et cette mini-maison servira à tout cela. Mais le fond du bazar est que mine de rien, ma vision suivait son chemin.

Et la semaine dernière,  les vacances de la Toussaint m’ont offert mes premières vacances en champignon. En plein Paris. Mais vous m’auriez vue, marteau en bandoulière, à ouvrir et refermer tous les tiroirs. J’ai déplacé le lit 3 fois, tourné tous les boutons de la cuisinière dans tous les sens, pris une douche dans le bain et un bain dans la douche, mis de la musique, éteint la musique, remis de la musique, allumé toute les lumières, non, pas celle-là, si celle-là quand même. Je dansais d’une pièce à l’autre. Défilé de copines, « Venez voir mon champignon », comme s’il était de moi, une extension.

Nouveau quartier, zéro repère, zéro horaire. Expérience vierge. A cinquante deux ans, il était temps.

Lundi, je suis rentrée chez nous, finalement pleine de joie. J’ai retrouvé mes co-habitants bien aimés. Mais avec mon champignon, je n’ai pas encore terminé. Car avant qu’il ne doive être loué pour satisfaire ma banquière, je vais encore créer mille occasions d’aller m’y prélasser. D’ailleurs, vendredi, j’y fais ma première fricassée.

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2 commentaires sur “Dans mon champignon”

  • FRANCOISE dit :

    Bonjour chère Florence,
    Mes enfants (oui oui mes enfants) et moi adorons vos écrits que nous lisons chez nous.
    Sur le Champignon de Oui Oui, je suis plus dubitative. .. je suis ce que l’on appelle une famille monoparentale depuis 15 ans. Mes enfants sont maintenant étudiant et interne.. alors très franchement j’ai vraiment l’intention de peupler mon champignon car pour certains et certaines ce Champignon est Liberté et pour les autres c’est un synonyme de solitude extrême. ..

  • jacqueline dit :

    votre témoignage me touche beaucoup. j’ai toujours eu les mêmes besoins que vous : avoir un « chez moi » rien qu’à moi et avoir un « chez nous » et malgré mes faibles moyens matériels j’ai réussi à combler mes 2 besoins
    c’était vital pour mon équilibre. évidemment j’ai pu réaliser mon désir parce que j’ai vécu en « province » (je n’aurais pas pu le faire à Paris, ça coûte trop cher). bravo à vous d’être passée à l’action!!!

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