Illustration : Aurore Petit pour CLES

Le luxe des émotions

Chronique CLES
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Le luxe parle d’abondance, de raffinement coûteux, d’offert à l’occasion, sans nécessité. Il permet de dépasser les bornes du besoin pour combler celles du désir. Dans la cuillère qui porte à ma bouche des lentilles parfumées, la graine se charge de ma faim, mais le parfum me dépasse. Le luxe est une épice. Mais qu’est-il donc pour chacun de nous ? Une progression, une exception, un souvenir, un espoir ?
J’ai reçu cette année les deux cadeaux les plus luxueux.

Jour de fête

Samedi 24 novembre. Jour de fête à la maison : nous nous réunissons pour fêter la gratitude. Amis, voisins, enfants, amours… chacun sera là. Sauf deux, qui comptent tant à mes yeux. Partis au bout du monde accomplir leur destin. Nous allons faire sans eux. Je n’aime pas l’accepter, mais j’ai rendu mon tablier.
6 h 50, je dors mais à moitié, j’entends un tour de clé. Je compte mes occupants. L’arche est complète. Qu’est-ce que c’est ? Je me dresse par réflexe, je bondis de mon lit, me propulse dans l’entrée. La porte s’entrebâille. L’impossible ne se comprend pas tout de suite. L’image est là, mais la lecture ne se fait pas. Mon cœur a compris avant moi. Ma Pénélope est là. Posée devant moi. Ma fille, ma douce, ma lentille, mon parfum, mon épice. Mon désir est submergé, mon besoin est rassasié. La sentir contre moi a le goût du divin, de l’abondance et de la profusion.

Jour de mariage

Mercredi 30 juillet. Jour de mariage. Ma mère épouse la femme de sa vie. Des lois sont passées, on est libre de s’engager. Toute la tribu converge, sauf un. Toujours le même, baroudeur d’un pays trop lointain. Le trottoir est parisien, les robes caniculaires. Les bises se frôlent, les cousins se retrouvent, les dames se complimentent. La limo des fiancées accoste.

De la portière sort une barbe blonde inconnue, sur une veste familière. De nouveau ce décalage dans l’image. La planète rétrécit d’un coup, le temps n’a plus d’espace. Mon Arthur, mon Australo-chinois est là, devant moi. Je tends le bras pour l’approcher, je pense que je vais le traverser, qu’il n’est qu’un hologramme, un mirage d’eau rêvée. Les cris de joie autour de nous confirment mon impression. D’un coup, plus rien ne me manque. Tout en moi déborde. Profusion, ostentation, inondation, surabondance, somptuosité… Se voir offrir le luxe de retrouver son fils.

Une fée est allée largement au-­delà de mon besoin, m’a permis de savourer l’impossible en me rappelant de ne jamais y renoncer. Je voyais jusque-là le luxe des objets, j’ai depuis adopté celui des émotions.

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