12 minutes d’extase

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Je reçois samedi dernier un message bien crypté de ma copine Valentine qui dirige le Barbès Comedy club. « Demain, mega mega reusta anglophone. Réserve vite. » Je demande des précisions,  tout est trop confidentiel pour m’en donner. Je tente des propositions tièdes, et soudain je bous. Je peux à peine le croire. Je ne préviens ma bande du dimanche soir que lorsque je détiens les précieux billets. Le plateau de ce soir-là est entièrement anglophone, le public doit l’être aussi. Les artistes se succèdent à coup de sets de 10 minutes chacun·e. Entre chaque Sebastian Marx lubrifie la soirée avec adresse. 

Après le 3e numéro, il arrive.

Jerry, de tout son Seinfeld entre dans cette minuscule salle, sa casquette sur la tête. De dos déjà il me fait rire. Il pause un instant, puis démarre sur le choix du morceau de rap qui accompagne son arrivée. Incrédule et parfait. Je ne vais, à partir de là plus cesser de rire. Mais du tout. Aux éclats et en continue. Quand un art est aussi maîtrisé, on ne peut que se soumettre à la grâce de son émet·teur·trice. Le stand up est aussi difficile que de se jeter dans une marmite d’huile bouillante soir après soir. Les textes sont écrits et chacun·e défend le sien. Mais Seinfeld point.

Il prend ce qu’il trouve et travaille avec. 

La taille de la salle, qu’il décrit comme une maquette, la réputation du quartier, l’inconfort de l’assise inadaptée du premier rang ou sa présence à Paris sont improvisées, servies à sa dextérité. Et il commence à jongler. Quelques idées construites : sa vision du couple, du tiercé ou de l’iPhone. Une lumière rose s’allume accidentellement et le voilà reparti dans un élucubration rythmée sur le sujet. Rien ne le déconcentre tant il est relié à la réalité. Un exercice magistral d’accueil. Son cerveau agit comme un mur de caoutchouc sur lequel tout prend corps. 

A tel point, qu’en bon américain, il nous demande si nous avons des questions pour lui. Prêt à démarrer à partir de n’importe quelle préoccupation. Les puristes soupçonnerait de la paresse, et les fans de l’adresse. Pendant tout cela je suis gondolée, je suffoque de bonheur. On voudrait que ça ne s’arrête jamais, mais la respiration est à reprendre. 

Douze minutes d’apnée plus tard, il reprend la route.

C’est le jeu. Chacun son tour et les valeureux artistes du soir doivent livrer, ensuite leur numéro. Il nous laisse en état de choc positif. Courbatus et transportés. Peu de chose me réjouissent tant que l’adresse et le rire. Je me suis réveillée le lendemain en ricanant. 

Sonnés nous sommes encore d’avoir eu droit à cela. Nous étions dans cette salle, quarante, grand maximum, sardinés pour l’occasion. Nous avons vécu la rareté, la beauté et la magie. Merci Valentine. S’il revient, tu me préviens. 

Publié le 24 janvier 2020

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