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Le bonheur d’être au complet

Chronique Clés
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Ça c’est produit cet été. Je ne réalisais pas tout à fait la puissance de ce qu’il se passait jusqu’à ce que ça me frappe. Le vent s’était levé, mais malgré l’air frisquet, les festivités battaient leur plein. La cuisine avait chauffé toute la journée et les garçons avaient tout installé. Les derniers arrivés ont eu juste le temps de se changer. Chacun circulait, trinquait, taquinait, s’embrassait. Mes yeux badinaient d’un visage ou d’une chevelure à l’autre. Familiers mouvements de tête ou rires au loin. Ce paysage, je le connaissais plus que bien. Sous le gros arbre, un matin, je m’étais même mariée. J’ai dérivé vers le buffet. Les assiettes se croisaient et s’offraient.

Vite, vite, le vent allait tout refroidir. On a allumé les bougies à l’abri, rechargé en couverts. Je me suis appliquée à choisir de tout, et puis à me servir. J’ai accroché de façon acrobatique un verre de vin à ce qui me restait de doigt libre. J’ai regardé mes pieds pour ne pas tomber, et gravir l’escalier. Mon châle glissait et mon épaule se désaxait pour éviter sa chute. Mes cheveux s’éparpillaient, j’avais oublié ma barrette. Il restait une place sur le canapé sous le parasol. Je m’y suis installée. Un groupe spontané s’est constitué plus loin. Entassés sur des transats, ils piaillaient et s’emportaient.

La conversation portait sur les probabilités mathématiques de la survie d’un couple d’âge différent. Calculs à la noix et cas de figure hilarants à l’appui. Tu divises par deux et tu ajoutes 7, ou était-ce le contraire, multiplier par deux moins sept ? J’ai quatre-vingt ans disait ma voisine, je m’en sors comment ? Ou plutôt, avec qui devrais-je sortir ? Un différent sur l’ère paléolithique a balayé cette conversation, des smartphones ont été brandis pour trouver, prouver, reconstituer l’histoire et se chamailler. L’arrivée des desserts a tout désorganisé. Comme s’il s’agissait du top départ, les plus jeunes se sont jetés à l’eau tout habillés et les grands se sont rués sur les meringues.

C’est là, je me souviens très bien que j’ai été frappée. En relevant le nez, je les ai mentalement photographié. Savamment placés, alignés mais désordonnés. Le grand était devant, le petit à l’arrière. Elle se tenait entre eux deux. Ils riaient tous les trois à propos de je ne sais quoi. Lorsque mon œil a compris ce qu’il voyait, mon cœur s’est liquéfié. Trop beau, trop bon, trop rare.

Nous étions au complet. Pour quelques heures seulement, tout le monde était là. Une fois par an. Peut-être ça se reproduirait. Je ne m’avouais pas qu’ils me manquaient tout le temps avant de les voir ensemble. Mais à cet instant, j’aurai connu la circonférence d’un monde où il ne manque ni rien ni personne. A la maison, pour quelques jours, tous mes enfants étaient rentrés.

 

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4 commentaires sur “Le bonheur d’être au complet”

  • Hélène dit :

    Merci!
    vous m’inspirez toujours par vos bons mots, vos réflexions, vos prises de consciences.
    Samedi prochain, c’est notre fête familiale annuelle et comme à chaque année, j’espère que nos 5 enfants seront réunis.
    Ce qui n’est pas toujours possible…

  • Chris dit :

    Ca s’est produit cet été? 😉

  • Lauriane dit :

    C’est magnifique Florence ce que vous écrivez ! Mon cœur de maman a chaviré en vous lisant… Même si mes filles ont moins de dix ans et qu’elles sont encore avec nous tous les jours, j’ai tellement conscience de la fugacité du temps qui s’évapore !
    Merci aussi à vous pour votre newsletter : chaque semaine c’est un bain de bonheur ! Je la diffuse autour de moi comme je l’ai fait pour votre livre « 3 kifs par jour » et je me réjouis, presque chaque soir, de savourer les kifs de mes filles pour leur journée…
    Merci et bravo !

  • Nathy dit :

    Franchement j’en pleure d’émotion (au sens propre: j’inonde mon PC, ils risque de disjoncter)!… hyper-émotive je suis et resterai! Ma fille va partir, elle est l’aînée, elle en rêve depuis toujours et elle est sur le point de vivre ce rêve. Elle va me manquer au plus profond. Mon mascara n’a pas fini de baver… Merci de votre moment de partage

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