“Aujourd’hui, c’est javerdi”

Chronique CLES
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Au début, on ne s’en rend pas compte. On s’en réjouit presque. Les lundis redeviennent des lundis. Les enfants retournent à l’école, chacun reprend sa place. A chaque rentrée, il faut réorganiser sa tribu, remplir les trous, choisir les sports. On se croit encore libre de faire autrement cette année, de prendre le temps, de moins travailler, de s’occuper de son corps, d’équilibrer.

Et puis, comme des atomes qui petit à petit se synchronisent, notre énergie mue. Nous épousons les rythmes de notre travail, des emplois du temps, des périodicités et de la régularité. Attraper son train, se coucher tôt, se voir de moins en moins. Sans vraiment le dire ou l’exiger, la vie reprend sa houle. Les semaines s’égrainent, sans alternative.

Et s’il y avait plus que sept jours ? Lundi, mardi, mercredi, jeudi, vendredi, samedi, dimanche, blédi, carodi, trenedi, darledi, minerdi, javerdi, toutedi. L’année prochaine arriverait autrement, quelques répétitions au lieu de cinquante-deux. Cinq par saison peut-être, pour avoir quand même la sensation de se poser et de profiter. Je ne dis pas « plus vite », mais « plus varié ». Modifier la mécanique de quelques tours de clé pour se sentir moins coincé.

Si les repères étaient plus éloignés les uns des autres, se verrait-on plus ou moins souvent ? Aurions-nous l’impression de davantage improviser, de moins répéter ? Pendant un temps, certainement. Nous en serions même tout chamboulés. Les grogneurs grogneraient, les aventuriers aventureraient, puis javerdi reviendrait. On le reconnaîtrait, on le comparerait au précédent, on planifierait le suivant. Comme une boussole, nous retrouverions notre nord. Se libérer l’esprit de devoir tout inventer. Se concentrer sans effort sur le déjà éprouvé. Se rassurer, quoi.

C’est la faute de la terre qui s’est mise à tourner sans rien nous demander. Un coup dans le jour, un coup dans le noir. Plus régulier, tu meurs. Et nous voilà dotés de biorythmes en tout genre. Pour s’en échapper, quelle créativité il nous faut avoir ! Multiplions les circuits pour nous décalcifier : organisons des ruptures, dormons parfois le jour, éradiquons le lundi et sautons un jour de temps en temps.

La lune tourne à plus de 3 000 km/h autour de nous pour suivre le rythme. La pauvre, si elle savait combien nous ronronnons pendant ses circonvolutions… Elle le sait peut-être, puisqu’en un siècle elle s’est éloignée d’un mètre. Si une planète grosse comme ça peut changer sa trajectoire, nous aussi. Rassurons-nous sans étouffer, organisons sans asphyxier. Inventons des non-jours et des pluies de nuits pour nous exercer à la nouveauté. C’est elle qui nous rend vraiment vivants.

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