Journée Extra Ball

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Levée tôt. Je suis attendue à Toulouse. Je repère l’itinéraire en transports en commun pour l’aéroport parisien, que je suis parvenue, jusqu’à ce jour, à éviter. Méditation, salutations au soleil, maquillage poudré et thé avalé, je dévale les escaliers. Devant ma porte, la nuit, et un vélib dans sa station ! Premier miracle. Ma rue est en pente, et dans les rues en pente de Paris, on ne trouve jamais de vélo ailleurs qu’en bas. Mais j’habite en haut.

Il fait frais, mais quand-même doux. Descente à fond les ballons. C’est bon.

Je claque mon vélo dans son encoche et m’engouffre dans l’une des plus profondes stations du réseau. On y parvient par des ascenseurs métalliques XXL comme pour descendre à la mine. J’en ris avec les autres mineurs matinaux. Alors que je débouche sur le quai, mon train arrive. Un arrêt plus loin, changement, mon prochain train s’immobilise en même temps qu’accoste le nôtre. C’est comme une danse, tout s’enchaîne, sans reprendre de respiration. Le troisième train me happe aussi avec grâce et 41 minutes plus tard, je suis à l’aéroport. Record battu ! Je ressens la fierté d’un vainqueur de Pekin Express.

La journée vient seulement de commencer.

Je suis même en avance. Je vérifie ma carte d’embarquement. Mon avion ne part pas du tout d’Orly, mais de Roissy ! Mais je suis à Orly. Calme et coolness, je vais au guichet vente. « J’ai un avion plus tôt pour vous, Madame », me répond-on. Calme et coolness.

Porte d’embarquement, buvette, je commande un Chaï. Le thé ne sera jamais sacrifié. C’est mon kif, embarquer avec un thé chaud et mousseux. Je suis prête. L’avion visiblement pas encore. Alors je me pose à côté d’un magnifique chef mécanicien de chez Airbus en transit de la Martinique. L’équipage a du retard, m’apprend-il. Nous sympathisons.

45 minutes plus tard, mon Chaï refroidi, presque englouti, nous embarquons. L’équipage est anormalement détendu. Ils savent que les jours de grève seule la bonne humeur permet de tenir jusqu’au soir. Le capitaine prend la parole. Les contrôleurs aériens ont changé d’avis, nous ne décollerons pas tout de suite. Grognements résignés dans la cabine. Les plus nerveux exigent de quitter l’appareil. Nous autres, patientons. Je réponds à mes mails en souffrance, lit un journal en intégralité, bois de l’eau, savoure une clémentine, entame une série sur mon téléphone. J’ai le temps.

La captivité donne l’autorisation de faire ce qu’on veut avec les moyens du bord. J’adore. L’horloge tourne.

Mes 70 participants vont bientôt quitter leurs bureaux pour converger vers notre salle de conférence. Il faut se décider. Le capitaine annonce un départ proche, mais à Toulouse, personne n’approche ni ne quitte l’aéroport. Barrages et détermination des taxis. La porte de l’avion va se fermer. Je compte jusqu’à trois : « Vous ne pourriez pas rentrer ce soir. Opération reportée », choisit mon client. Dernière chance pour m’échapper. J’attrape mes affaires, tous fils dehors, et saute hors de l’appareil.

Sur l’escalator qui me ramène, personne ne m’attend, ne sait même où je suis. Je souris. Sensation totale de liberté. On vient de m’offrir une journée gratuite. Comme une extra ball/partie gagnée du flipper de mon lycée. C’est trop le pied.

Voilà, compter mes kifs, aujourd’hui, s’avère  impossible. Pagaille, foison, succession de sensations : déjeuner avec Fanny, essayage des lunettes pour changer de tête, traversée de Paris à pieds, visites d’appartement pour mon projet immobilier, chocolat chaud dans tous les quartiers, ongles peints et rentrée la première à la maison. A chaque fois que je me suis dis  » va travailler » mon autre moi disait NON ! Ne gâche pas un moment pareil, par culpabilité, devoir ou raison. Déambule, laisse faire, respire.

C’est ça, déambule, laisse faire, respire.

Cette journée avait si bien commencée. Comment imaginer qu’elle allait encore s’améliorer ?  Je pense cependant qu’au 19è jour de kifs, nos cerveaux sont désormais experts à ne plus rien gâcher.  Ce soir, je ne regarderai pas les infos pour ne rien ternir de cette humeur gratifiée que je sens de ma tête jusqu’aux pieds. La vie est bien jolie, aujourd’hui au royaume des 3000 kifs.

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5 commentaires sur “Journée Extra Ball”

  • Agoaye dit :

    Une très jolie narration. J’ai eu l’impression de la vivre cette journée 🙂

  • DoSi dit :

    Je devais vous voir ce jour-là … je fais partie des 70 participants toulousains qui vous attendez.
    Même si dans un premier mouvement, j’ai été un peu déçue de ne pas vous avoir rencontrée, j’étais certaine que cela allait être reporté et de mon côté aussi cela a été une extra-ball: une après-midi entière sans réunion – quelle liberté! merci et à bientôt!

  • Elisabeth dit :

    Merci ! Merci pour ce partage ! Quelle belle abondance de kifs 🙂
    Elisabeth

  • Stéphanie dit :

    Toujours un plaisir de lire ces kifs inspirants!!! Ce récit me rappelle une journée de grève de 1995, à l’époque j’étais étudiantes à Paris. J’en garde un merveilleux souvenir: un kif durable 😉 Car Paris est une ville magnifique et on prend le temps de l’apprécier lors de ces journées ralenties et oui on lève même la tête pour admirer sa magnifique architecture et on se connecte aux autres! Merci pour cette séquence émotion!
    Stéphanie

  • emlelundi dit :

    Quel joli billet… un kif de fin de journée.
    Merci

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