Se sortir du « bof »

Chronique PSYCHOLOGIE POSITIVE MAGAZINE 47
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Du mal à se motiver, se concentrer ou s’exciter pour les choses à venir ? Une tendance à préférer traîner sur les réseaux sociaux plutôt que de sauter du lit pour lancer sa journée avec entrain ? Nous ne sommes pourtant ni en burn-out (nous fonctionnons), ni en dépression (pas de désespoir), mais que nous arrive-t-il donc ?

 

Depuis la crise du Covid, un terme a fait son grand retour pour décrire l’enfant oublié de la psychologie. Se situant à mi-chemin entre la floraison et la dépression, s’est installée la langueur décrite par le sociologue Corey Keys*. Un état dans lequel nous n’allons ni bien, ni vraiment mal. Languir fane notre ardeur au travail et limite nos efforts à provoquer des interactions avec autrui. Comme une lumière qui décline lentement, devient lueur, puis obscurité, sans que l’on ne se rende compte. Le risque de la langueur est de devenir indifférent à sa propre indifférence. Et à terme, de virer à la dépression.

 

Comment se ressaisir ?

Déjà, en nommant cet état, comme nous le faisons ici. Une manière de le normaliser, car ce qui porte un nom se partage et nous sommes loin d’être seul à flotter de la sorte. Nous devenons ainsi meilleur à le repérer chez les autres lorsque nous prenons de leurs nouvelles ?  – « Comment vas tu ? » Un petit « ça va » familier confirme la sensation.

 

Ensuite, en renonçant à toute injonction à l’optimisme qui au « bof » se mélange aussi bien que l’eau à l’huile. Mais en la remplaçant par la quête d’une expérience de flow, organisable et localisée qui nous permettra de nous sentir absorbés dans une activité de plus ou moins courte durée. Retrouver le plaisir d’un léger de défi qui impose de la concentration revigore, alors que changer de tâches toutes les dix minutes nous enfonce.  Une entreprise indienne a ainsi décrété que les mardi, jeudi et vendredi matins seraient sans interruption. Ni notifications, ni conversations de couloir. Le moral des troupes est remonté en symbiose avec leur productivité.  Pour retrouver le sel de la vie, la concentration doit se chérir comme un trésor.

 

Choisir enfin, de micro objectifs qui déclencheront d’aussi petits triomphes, car lorsqu’on vise le flow, on a besoin de se sentir progresser. Tout ce qui étend nos compétences renforce notre appétit à vivre plus. Décider de lire un livre jusqu’au bout ou de ranger son placard peut nous relancer.

 

Mais surtout en acceptant que comme les plantes, nous traverserons des périodes de régénération silencieuses qui nous mènent vers le printemps et que notre tiédeur intérieure redeviendra bientôt vigueur. Continuons donc à guetter le soleil.

 

*From Languishing to Flourishing in Life, Corey L. M. Keyes

Journal of Health and Social Behavior

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