En se touchant on se voit mieux llustration : Aurore Petit pour CLES

En se touchant, on se voit mieux

Chronique CLES
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Chaque mois, quelques hommes et femmes se réunissent pour échanger leur gratitude et nourrir leurs besoins du moment. En arrivant, on se dit bonjour, puis on s’installe. Tour à tour, chacun raconte ses “kifs”, ces instants de vie pour lesquels nous éprouvons de la reconnaissance. Jusque-là, le cadre m’est familier. C’est après que les instructions me surprennent. Regroupés par trois, nous avons le droit de demander à recevoir ce que nous voulons. Quelle proposition !

Un échange autour du corps

Ce temps ensemble se déroule principalement autour du corps. Notre hôtesse nous demande de la pétrir. Elle s’allonge alors sur le tapis et nous la pétrissons, la retournons et la pétrissons encore. Nos voisins, eux, éclatent de rire. Ils chatouillent l’un d’eux avec des fleurs et des gouttes d’eau. Le supplicié se délecte, l’humeur est joueuse. Notre second demande un sandwich humain. Il est pris entre nous deux, nous sommes allongés les uns contre les autres.
Paisibles, sans mouvement, nous restons collés, respirons à l’unisson. Nous sommes mardi matin, et je suis couchée sur un tapis contre des inconnus. Pourtant, je kiffe. Puis le groupe se reforme. On nous distribue des bandeaux. En musique, nous allons explorer la pièce. Comme le ferait un enfant. Sans préjugé, mains et corps comme vecteur de rencontre.

Commence alors un étrange ballet

En quelques instants, nous sommes au sol, probablement superposés, en tout cas enchevêtrés. Une main d’homme ou de femme se retrouve dans la mienne, sur la mienne, sous la mienne. Je ne sais plus distinguer les uns des autres. Je me sens parfois enlacée, toujours accueillie.
Les gestes sont lents, mes doigts voyagent le long d’une couture, d’un pied, d’une chevelure ou d’un nez. La musique nous guide. Tout est progression, exploration et chaleur. Les contacts sont chastes et tendres. Très tendres. Je suis surprise par la liberté qu’offre le noir. Assis en rond les yeux ouverts, nous ne nous serions jamais approchés d’aussi près.

Douceur, délicatesse, simplicité

Une heure plus tard, nous nous démasquons, ébouriffés. Je me découvre à l’opposé de mon point de départ. Les mines sont roses et reposées. L’afflux de douceur et de délicatesse nous a déconnectés de l’extérieur et formidablement recentrés. Chacun a repris sa place, ses distances séantes et le cours de ses pensées. Nous avons pris soin de nous remercier.
Beaucoup ont souligné ma simplicité. Ça m’a troublée : qu’étaient-ils allés s’imaginer ?
Voilà ce que j’en ai compris : nous projetons tant de choses les uns sur les autres que nous ferions mieux de moins nous regarder pour mieux nous voir. Et surtout de plus souvent nous toucher.

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