Illustration : Jérôme Meyer-Bisch pour CLES Illustration : Jérôme Meyer-Bisch pour CLES

Mes nouvelles jambes

Chronique CLES
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Depuis un an, ma vie s’est accélérée. Pas trop en termes de temps puisqu’il avance toujours au même rythme. Mais pour la sensation d’être responsable de moi, ça oui. Deux jambes ont poussé à l’intérieur des miennes. Elles sont d’une matière plus solide et permanente, un alliage de responsabilité redevable et de solitude assumée. Je ne savais pas que ça prendrait un jour, comme ça. Je ne savais pas que les situations dans lesquelles je m’étais mise, assorties de quelques circonstances imprévues, auraient le pouvoir de me doter de nouveaux os.

J’ai commencé à marcher sur ces nouvelles échasses et c’était plutôt drôle – ce qui est nouveau m’amuse en général. L’équilibre est quand même à recréer. Ne pas croire que solide veut dire facile. Tout cela, de courbatures s’est trouvé assorti. Mais petit à petit, on se familiarise, même avec l’inédit le plus dingue.

Les six premiers mois, j’ai tâtonné. Sentir le sol, presque comme d’habitude mais pas tout à fait. J’ai tendu les bras plus souvent, pour me situer et m’appuyer. Tiens, du nouveau, du possible ! On me fait quelques propositions que j’accepte pour vérifier si elles marchent vraiment, mes gambettes.Mais de quoi parle-t-elle, vous demandez-vous ? C’est quoi, cette histoire de jambes ?

C’est celle d’un chômage de longue durée dont la fin s’annonçait. J’ai dû me rendre à l’évidence : aucun employeur ne m’offrirait le métier dont je rêvais. J’allais devoir me tricoter ce collant qui pourrait me réchauffer. J’ai commencé par les pieds – pour tenir debout, c’est recommandé.

Et puis un jour, bing bang boum, c’est terminé, il faut voler de vos propres ailes. Et là, que s’est-il passé ? Je me suis mise à danser. Mais vraiment. Lâchée, obligée, motivée. Quelle incroyable agilité ! Moi qui vivais de la régularité des deniers cotisés par le passé, je me suis retrouvée parfaitement déshabillée. Et pourtant, à ce jour, je n’ai pas encore eu froid. Précipitée, je me suis montrée que je savais toujours nager. Mieux que ça, même : tout en progressant, je respirais mieux.

Ce que je retiens de cette histoire, c’est qu’une fois de plus, j’ai mieux réagi à la confrontation qu’au risque. Il est facile de se laisser impressionner par ce qui nous attend, ce dont on nous prévient et qui nous pend au nez. Ça fait même peur, très souvent. Et pourtant, le pied du mur oblige à l’escalade qui renforce les muscles et affine la destination, c’est l’obligation qui déclenche l’ascension.

Qui a dit que le chemin le plus court vers soi était le plus simple ? Peut-être moi. Lorsque la voie est claire, il n’y a plus qu’à la suivre. L’étrangère qui a pris place en moi devient de plus en plus familière. Je regrette parfois les journées de doutes et d’ennui du passé. Enfin, ça, c’est les jours où je suis trop fatiguée.

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