Mon sac à main. Je faisais la course avec mon fils. Il était en rollers, plus rapides que mon vélo urbain sillonnant. Pour le rejoindre, je me suis garée d’un coup de hanches et j’ai sauté de mon destrier. Portés par la vitesse, le jeu, le plaisir de se rattraper, de ne penser qu’à déconner, nous sommes partis bras dessus, bras dessous à pleines foulées.
Une demi-heure plus tard, je tends la main vers mes ressources. Seulement voilà, il n’y en a pas. Mon sac n’est pas là. Il est resté sur le vélo, un de ceux, garés dans toute la ville, que l’on s’échange, qui n’appartiennent à personne et à tout le monde à la fois. Mon garçon a bondi, retour sur nos pas, mais bien sûr il n’était plus là.
En un instant, je n’ai plus rien de ce qui m’accompagne partout. Plus de sous, de cartes, plus d’identité, de vitalité, de lunettes ou de clés. Plus de bipeurs pour ouvrir les portes, de pendule, de stylo, de timbres, de mots doux, de photomatons de quand ils étaient bébés, d’écouteurs, de produit pour me laver les mains, de gouttes pour les yeux, de bâton pour me fleurir la bouche, me parfumer ou je ne sais quoi d’autre. Je n’ai plus que mes poches avec mes deux mains dedans. Au fond de l’une d’elles, un téléphone. C’est déjà ça. C’est surtout ça : nos vies sont devenues un grand coup de fil.
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