j'ai perdu mon sac

J’ai perdu mon sac et allégé ma vie

Chronique CLES
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Mon sac à main. Je faisais la course avec mon fils. Il était en rollers, plus rapides que mon vélo urbain sillonnant. Pour le rejoindre, je me suis garée d’un coup de hanches et j’ai sauté de mon destrier. Portés par la vitesse, le jeu, le plaisir de se rattraper, de ne penser qu’à déconner, nous sommes partis bras dessus, bras dessous à pleines foulées.

Une demi-heure plus tard, je tends la main vers mes ressources. Seulement voilà, il n’y en a pas. Mon sac n’est pas là. Il est resté sur le vélo, un de ceux, garés dans toute la ville, que l’on s’échange, qui n’appartiennent à personne et à tout le monde à la fois. Mon garçon a bondi, retour sur nos pas, mais bien sûr il n’était plus là.

En un instant, je n’ai plus rien de ce qui m’accompagne partout. Plus de sous, de cartes, plus d’identité, de vitalité, de lunettes ou de clés. Plus de bipeurs pour ouvrir les portes, de pendule, de stylo, de timbres, de mots doux, de photomatons de quand ils étaient bébés, d’écouteurs, de produit pour me laver les mains, de gouttes pour les yeux, de bâton pour me fleurir la bouche, me parfumer ou je ne sais quoi d’autre. Je n’ai plus que mes poches avec mes deux mains dedans. Au fond de l’une d’elles, un téléphone. C’est déjà ça. C’est surtout ça : nos vies sont devenues un grand coup de fil.

D’ailleurs, dans mon cas, le choix du premier à passer est intéressant. Prévenir, mais qui et pourquoi ? Bloquer, remplacer, dédoubler, calculer, anticiper, compter sur la nature humaine ? Les heures passent, la nature n’est pas aussi bien faite que l’on aimerait. Il va falloir neutraliser le contenu d’un sac entier. Dégoupiller.
Nous avons déjeuné. Et j’ai observé. Les sensations que j’attendais n’arrivaient pas. Je voulais m’affoler, mais non. Je voulais raconter, mais c’est inintéressant.
Je me sentais légère et en dehors. En dehors de chez moi pour commencer. En dehors des circuits, des lois et des réflexes. Je suis rentrée à pied en listant les déclarations, remplacements, administrations, délais, sauvegardes… tout ce qu’il faut pour recommencer. En fait, je ne suis pas si pressée. J’aime ce tout petit minimum sans billet et sans monnaie. Je cherche comment le prolonger. De quoi vais-je pouvoir me passer ? Attestation de perte valable deux mois, me dit-on au commissariat. Je peux me balader avec seulement un papier. Même quand un objet vous manque, rien n’est dépeuplé.
J’affectionne l’idée de jeter son sac par-dessus le mur, mais j’en cherche encore le sens. La semaine dernière, je changeais mes cheveux, plus courts, plus simples. Peut-être ai-je eu besoin d’aller encore plus loin. Et si de tout il ne reste plus rien, alors c’est ainsi que je vivrai avec moins.

 

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