Le bonheur se travaille

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Comment définissez-vous le bonheur ?

Du point de vue de la psychologie positive, le bonheur est constitué de trois éléments : le plaisir, l’engagement, et le sens. Le plaisir signifie qu’il y a des actions qui vont stimuler les sens de notre corps qui vont nous procurer des satisfactions. L’engagement signifie que nous appartenons à des groupes, des organisations ou des activités, et que nous sommes productifs : nous avons besoin de nous assurer que nous contribuons à l’univers qui est le nôtre en entreprenant des choses. Enfin, le sens qui nous permet de savoir pourquoi nous sommes là, pourquoi nous faisons ce que nous faisons. La conjonction de ces trois éléments constitue le bonheur. Maintenant, si vous me demandez ce que, personnellement, j’entends par le bonheur, c’est ceci : un équilibre – le moins bancal possible – que nous atteignons, parfois dans l’instant, parfois dans les actions que nous menons, qui nous procurent de grandes satisfactions et nous donnent de l’énergie pour faire ce que nous avons à faire. Il ne s’agit pas d’un état constant, mais de pics : il y a des creux, des vagues… le chemin de la vie.

Sommes-nous tous égaux devant le bonheur ?

Non. Dans l’existence, nous ne sommes égaux devant rien. Nos particularités physiologiques ou génétiques ne sont pas organisées de la même façon, nos histoires ne sont pas organisées de la même façon, notre environnement n’est pas le même, ou notre situation géographique n’est pas la même. Nous ne sommes donc pas égaux. La moitié, 50 %, de notre capacité à ressentir le bonheur dépend de notre prédisposition génétique. Ensuite, 10 % de notre capacité à être heureux va dépendre des conditions extérieures de nos vies : le lieu où nous nous trouvons, les activités que nous exerçons, les personnes qui nous entourent, le temps qu’il fait, l’argent dont nous disposons, notre état de santé, etc. Autant d’éléments qui vont altérer, ou augmenter, notre sensation de bonheur et de bien-être. Mais tous ces paramètres – auxquels nous accordons une grande importance – ne comptent en fait que pour 10 % de notre bonheur. Néanmoins, en les modifiant, nous pouvons espérer augmenter – ou en tout cas faire modérément varier – notre bonheur. Les derniers 40 % qui constituent notre capacité à être heureux vont dépendre de l’interprétation que nous faisons des situations que nous vivons : par exemple, notre tempérament va jouer sur notre capacité à percevoir la qualité – le meilleur ou le pire – d’une expérience, sur la manière dont nous allons traiter cette information pour considérer que c’est une information qui nous propulse ou qui nous freine. Cela est très variable d’un individu à l’autre.

Vous organisez des ateliers. Est-ce à dire que le bonheur s’apprend ?

Je préfère dire que le bonheur se travaille. On peut décider de muscler les domaines qui ont besoin d’être renforcés pour que nous soyons davantage satisfaits. Nous allons identifier ces domaines au gré de nos aventures, en repérant quel est notre rapport à l’optimisme, à la gratitude, quel est notre degré d’introversion ou d’extraversion, pour le respecter, etc. Donc, oui, le bonheur se travaille. C’est tout le but de la psychologie positive qui consiste à identifier des comportements ou des interprétations qui, statistiquement, font du bien aux gens. La psychologie positive permet de s’appuyer sur ces découvertes et statistiques pour tenter d’être un peu plus acteur de la qualité de son expérience. Cela ne veut pas dire qu’on va être plus heureux. Je ne fais jamais pareille promesse à quelqu’un. Aux personnes qui suivent mes ateliers ou assistent à mes conférences, je viens apprendre qu’il y a des leviers qu’il est possible d’activer. Donc, oui, la capacité à éprouver, stocker, emmagasiner, ou interpréter du bonheur se travaille.

Les méthodes sont-elles identiques quels que soient nos histoires, expériences, caractères, tempéraments, âges, etc. ?

Oui et non. Les conclusions de la psychologie positive sont les mêmes. Mais notre choix d’expérimenter ce qui nous convient diffère. Par exemple, on s’est rendu compte que remercier – par gratitude, non par politesse –, c’est-à-dire s’émerveiller, peut permettre de gagner sept ans d’espérance de vie. Voilà une donnée transversale. À partir de là, on peut se demander si l’on n’a pas envie d’essayer cette méthode assez simple qui va permettre de vivre en meilleure santé. J’insiste : la psychologie positive n’est pas de la thérapie, c’est de l’information dans laquelle chacun peut décider de piocher pour tenter d’avancer. Ensuite, il est évident qu’une pratique identique aura un effet différent en fonction des individus. Mais, statistiquement, quand on sait que quelque chose fait du bien, il peut valoir la peine de l’essayer.

Auriez-vous quelques conseils pour être heureux ?

Le premier serait d’aimer sa vie. Cette vie est ce qu’elle est pour diverses raisons : circonstances, choix qui ont été faits, personnalité de chacun, entourage, etc. Plutôt que de se dire « Que puis-je changer ? », il est simple et préférable de se demander : « Dans cette vie-là, qu’est-ce que j’aime ? Qu’est-ce qui me manquerait si ce n’était plus là ? Qu’est-ce qui me nourrit ? Qu’est-ce qui me va bien, même si je me plains, même si j’imagine que cela pourrait être mieux ? » Tel serait peut-être mon premier conseil.

Et le second serait celui-ci : à qui ne se sent pas assez heureux ou épanoui, je conseillerais de se concentrer sur la qualité de ses relations avec les gens. Là réside toute la différence. Être dans une nature magnifique va aussi, par exemple, nous faire du bien. Mais, nous sommes profondément des créatures sociales, nous avons besoin de contacts nourrissants qui nous renvoient une image de nous-mêmes, qui nous font rire, qui nous font pleurer, qui nous font du bien, etc. Soignons donc nos relations avec les autres ; l’effet sera instantané et positif.

Interview réalisée par Nathalie DUPLAN pour les Annales d’Issoudun.

Publié le 14 décembre 2017

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