La surprise d’Anna

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Ce soir, grande occasion. Nous fêtons l’anniversaire de Larry, mon co-cuisinier du dimanche. Larry est celui de mes voisins chez lesquels nous dînons un coup chez l’un, un coup chez l’autre, toutes les veilles de lundis. Deux familles qui ont trouvé le remède au blues du retour à la réalité du lendemain, il y a plus de 10 ans. Depuis, seules les vacances nous séparent ces soirs là.

Donc, c’est mon tour aux fourneaux et pour soigner mon Larry, je sors les grands moyens. J’inaugure un joli petit scooter électrique partagé pour atteindre le marché d’Aligre. Pout ceux qui ont la chance d’habiter par là bas, c’est la citadelle des palais parisiens.

L’inspiration s’élargit forcément entre les vendeurs de pistaches, de cochons de lait rôtis, de pyramides de légumes et de forêts de menthe.

Concentrée, le menu se dessine petit à petit. Dernières tomates avant le froid, micro quenelles parfumées, grenade au fenouil ou inversement. Je débusque des minis feuilletés aux sardines cachées derrière des calamars. Je les aurais engloutis avant de rentrer à la maison.

En cherchant de la monnaie, je sors mon téléphone d’une poche et machinalement jette un oeil sur l’écran des mails. Il y en a un en provenance d’Anna. Rien de plus. Un spam, probablement. Ma tête est ailleurs alors mon oeil glisse sur l’écran. « Florence, merci pour votre message de l’autre jour ». Ils sont de plus en plus forts, me dis-je, les fishers qui cherchent à nous entraîner à révéler nos codes en tout genre. Mais la suite ne colle pas » vous n’imaginez pas comme il m’a fait du bien. »

Je passe à la ligne. « J’espère que votre rendez-vous de jeudi avec votre éditrice s’est bien passé. » Je n’ai pas vu mon éditrice jeudi. C’est quoi, ce mail ?

Ma cervelle coincée entre les chorizos et les ventrèches n’y est pas tout à fait. Je clique sur l’adresse de l’expéditeur qui se déploie : Anna Gavalda.

C’est simple, je n’ai pas le souvenir d’une surprise qui m’ait physiquement fait cet effet là. Car souvent les surprises sont intuitivement annoncées, d’une façon ou d’un autre. Une circonstance particulière ou des protagonistes qu’on aperçoit du coin de l’oeil préparent inconsciemment à ce qui va suivre. Mais, là, je venais de payer du cochon grillé. Rien à voir.

J’avais écrit à Anna Gavalda un mail de jubilation pour la remercier de l’effet qu’avait eu sur moi la lecture de Fendre l’armure, dévoré au cours de mon dernier jeûne. Le mail est parti le 29 mai de cette année. La tête dans le cochon, je n’y étais donc plus du tout.

17 semaines plus tard

Je me suis sentie petite fille de 4 ans et demi, découvrant un chiot dans une boîte à chaussures. Je sautillais de joie que ce fut possible. Cette femme est bien à part. Répondre à un mail âgé de 17 semaines est pour moi comparable à Champollion répondant aux égyptiens qu’il décryptaient. C’est de l’archéologie. Ouais, mais cette réponse, ce geste fou, m’est destiné et se termine par :  je vous embrasse, en soeur, Anna.

Et là, tout est remonté d’un coup, ma procrastination, ma culpabilité de ne pas acquitter une tâche que je lui avouais, dans mon courrier, rêver de mettre en marche. Pour être soeur, nous devons appartenir à la même famille, mais je n’ai rien entrepris de réel encore pour rejoindre sa fratrie. J’ai immensément flippé à ce sujet, depuis, quand même. Tous les jours, presque.

Est-ce que, Anna, ça compte assez pour me permettre d’être votre soeur ?

J’aime, en tout les cas, furieusement l’idée de laisser passer le temps avant de se répondre. Je lui répondrai peut être dans 17 semaines. Ca me laisse du temps pour entreprendre ce que je lui ai dit que je ferai. Et bizarrement, de pouvoir embrasser Anna Gavalda à mon tour, comme une soeur, me donne l’envie subite de m’y mettre.

Pour ce qui est du dîner de Larry, j’ai mis un moment à me remettre à mon marché, tellement je souriais. J’entendais de la musique sans même en écouter. Là, je vais fermer mon clavier et sortir mes couteaux parce que ce soir, il y en a, des trucs à fêter.

 

 

Publié le 8 octobre 2017

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4 commentaires sur “La surprise d’Anna”

  • myriam dit :

    Après « l’élégance du hérisson », j’ai eu envie de lire tous les autres et oui… je suis « accro » à l’univers d’Anna Gavalda… alors:
    retrouver Anna et Florence, que je suis par son infolettre, dans un même article, et cette émotion différée, déjà ressentie,
    c’est tout simplement: un grand merci à toutes les deux d’exister et de tant donner….
    Myriam

  • Marie-Laure BESSY dit :

    Bonjour Florence,

    Oui Anna Gavalda répond à ses lecteurs. J’en ai eu moi aussi une preuve émouvante après qu’elle ait répondu à une de mes lettres. C’est la première fois que j’écrivais à un auteur après avoir lu un de ses livres (le premier) qui j’avais l’impression parlait de ma vie.
    C’est une femme attentive. J’en suis encore pleine de gratitude.

    Vous êtes aussi très inspirante Florence et après avoir lu vos livres et suivis vos vidéos je me ferai un plaisir de vous rencontrer à Plougastel Daoulas où vous devez passer en avril prochain.
    Je viens régulièrement à Paris mais je n’ai jamais eu la chance d’y être au moment de vos ateliers ou autre.
    Je vous souhaite le meilleur.
    Marie-Laure

  • Violaine dit :

    Florence et Anna, bien sûr, le match parfait ! J’ai rencontré Anna à une signature de son premier livre, puis tous les autres après. Toujours du temps pour écouter ces anonymes émus. Toujours la même douceur, fragile, frémissante ou vacillante parfois, lumineuse. Un coup de cœur immédiat pour cette blonde frêle et amicale.
    Qui mieux que Florence pour être sa sœur ?
    Merci Florence et Anna pour ce joli moment !

  • Ce SMS ! Un vrai kif à la sauce Florence parsemé de ptits grains de bonheur ! J’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce billet ;o) Merci.

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