Journal de jeûne 2017

Journal de jeûne 2017

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Je me lance cette semaine dans 7 jours de jeûne. Depuis ma première fois, j’y suis, en fait, retournée tous les ans. Comme si je ne pouvais plus me passer de cette remise à zéro physique et intellectuelle. Le repos du système digestif est un voyage profond. Malgré cette répétition, comme il est difficile de garder un oeil neuf sur tout ce qui nous arrive, je vais m’efforcer de brancher mon curiosimètre pour rester le plus éveillée possible au cours de ce séjour.

Jour 1 : Champagne & vieux routards

C’est aujourd’hui qu’a lieu le pot qui permet à chacun de se présenter. Nous sommes accueillis par une boisson colorée : une larme de jus grenade dans de l’eau pétillante. Ici, on appelle ça du Champagne. N’ayant visité qu’un seul autre goût dans la journée, celui du jus de fruit qui nous a servi de déjeuner, cette coupette est salutaire et salivaire. Un élixir.

Tour de salle. On partage son prénom, sa provenance, son stade dans le jeune, sa durée et combien de fois on l’a déjà fait. Du haut de mes 6 jeûnes, j’éprouve une certaine fierté, très vite dégonflée : 30, 22, 16, 10, 15, 8. Des jeûnes de 12, 21, 25 ou carrément 30 jours. Deux novices quand même. Ils nous écoutent, tiraillés entre la trouille du ventre vide et l’impatience d’atteindre l’euphorie et l’énergie décrites. Nous leur adressons des regards protecteurs. Vous allez voir, ça va bien se passer et vous aller kiffer.

 

Jour 2 : On avance

Nuit atroce. Décalage horaire + régulation digestive = pas bon. Je m’écroule à 19h30 et me réveille à… minuit. Forcément. J’allume ou pas ? Je me relève pour faire pipi ou pas ? Nous buvons plus de 3 litres d’eau par jour, ici. En fait je n’ai pas le choix. Mais tout à l’heure, je ne veux pas rater la randonnée, clou esthétique de la journée.

Mon réveil sonne à 5h30, je me suis donc rendormie. Petite forme quand même. On attaque dès 6h par une montée. Je n’ai pas de jambes. 2 sacs de ciment. Je regrette un instant d’avoir insisté pour être là. Mais je prends le rythme et 4kms plus tard, je discute gaiement avec ma voisine de trot. Plus exactement, elle parle et je l’écoute. Pas assez de souffle pour faire les deux. Son énergie (elle a 1 jour à jeûn d’avance) me tire.

Les 6kms se terminent au pied du mémorial d’une collision aérienne qui a eu lieu au dessus de ce bois il y a 15 ans. 70 victimes, personne n’a été touché au sol par les débris, même pas une vache, nous dit notre guide. Etrange info. Il y avait surtout des adolescents dans ces avions. Comme un air de Manchester. Le bad !

Ce soir, je reçois des photos et des messages d’amis qui jeûnent eux aussi cette semaine, bien qu’ailleurs. Et je suis frappée. Lors de ma première expérience, je ne connaissais vraiment qu’une seule personne qui l’avait fait avant moi. Sa mine et sa silhouette m’avaient convaincue. Quelques années plus tard, jeûner n’est plus une histoire de sentinelle. J’ai écrit, et décrit ici cette aventure. Des personnes présentes dans le centre me disent être venus après m’avoir lue, les potes aussi on suivi le mouvement. La communauté du jeûne avance et ses bienfaits avec. Nous sommes de plus en pus nombreux à tenter la frugalité pour nous restaurer. J’aime y avoir un peu contribué.

Jour 3 : Potomanie & food porn

Aujourd’hui, réveil repu, endormie à 2h00 mais d’un bon sommeil. Mes yeux flottent un peu. Acuité incertaine pour quelques heures. Ça me fait le coup à chaque fois. Je me souviens avoir été en petite forme tout à l’heure, soutenue par le lac et les oiseaux. Je n’ai pas résisté à l’envie de filmer le calme. Je vous en offre une tranche. Tiendrez-vous jusqu’au bout de cette vidéo ? Il en est ici ainsi toute la journée et on ne s’en lasse jamais.

 

Les potomanes boivent tous les liquides à leur portée, principalement de l’eau. Ici, nous le sommes tous et c’est peut-être pour moi le plus gros défi de la semaine. J’éprouve parfois la sensation de m’y noyer. Merci à l’eau gazeuse d’exister, sa texture m’est plus facile à avaler.

Je me promène parfois sur Instagram, haut lieu de pornographie alimentaire. Les sublimes salades et autres bols me font saliver. Je débranche. La balade a été redoutable. 30 minutes de dénivelé pour atteindre un sommet sublime. La descente m’a rechargée. Mon atelier sur la gratitude s’est fait presque en volant. J’y ai retrouvé l’énergie qui me manquait.

Ce soir, je n’ai absolument pas envie de dormir. Mais alors de chez pas du tout. L’obscurité va arriver. Ça sent l’insomnie. Demain, lever 5h30. Ça va être un peu chaud et ce soir, pour la première fois, j’ai un peu froid.

Précision

L’une d’entre vous a réagi sur FB, lorsqu’une de ses amies lui a annoncé que l’expérience la tentait, en agitant les risques d’un jeûne. Il y a une différence immense entre un jeune thérapeutique et une privation volontaire de nourriture dans le seul but de maigrir. La terre tournant autour du soleil, nos continents disposent tous de saisons. Et par chez nous, en hiver, il ne poussait pas grand chose. Tant que les aliments ne prenaient pas l’avion, nous connaissions des variations de menus, voir même des interruptions de victuailles.

Raisonnons à l’envers. Ce qui est anormal pour notre physiologie, n’est pas d’arrêter de manger, mais de manger tout le temps, autant. Les premières traces de jeûne dans les écrits datent de 12 000 ans avant J.C. Toutes les religions proposent aussi un jeûne comme période de retour sur soi. C’est de cela dont nous parlons ici. De notre incroyable mécanique qui, privée de nourriture, va se servir dans nos réserves. Le faire une fois de temps en temps régule les excès, fait baisser l’inflammation, décuple les capacités de notre système immunitaire. En Allemagne, le jeûne est reconnu et remboursé par la sécu.

Chacun a un rapport très personnel à la nourriture. Ne mélangeons pas tout. Il existe dans tous les domaines, des excès. Je n’incite ici personne à répondre à des injonctions sociales, je souligne les particularités inconnues et pourtant si bénéfiques de ce processus. Nous en bénéficions tous ici, et quelque soit notre forme, c’est surtout notre tête qui repart allégée.

Jour 4 : Dents de scie

Les journées sont étranges. Un coup je me sens bien, un coup je dois m’allonger. Début de journée à 6h dans une nature en folie. Les forêts ici respirent l’amour. Je n’ai pas d’autre explication tellement les odeurs se mélangent dans les sous-bois. La mousse, les feuilles, les arbres immenses dansent. Tous se parlent et se séduisent, enfin je pense, sinon pourquoi déployer tant de senteurs ? La balade de ce matin était silencieuse. Alors forcément tout se renifle plus profondément.

Records de chaleur à Überlingen. Il n’a pas fait aussi chaud depuis 1916. Un fond de vent, des voiliers partout, ce soir nous naviguerons sur le lac pour profiter de la vue sur notre propre rive. Je lis, je rêve, littéralement, je crois que j’en suis à rêver éveillée puisque je ne dors plus vraiment non plus. C’est normal, le jeûne réveille l’inconscient qui prend les commandes pour le moment. Dès que je m’en rends compte, je ne sais déjà plus à quoi je pensais. C’est dommage, car ce qu’il me reste est que les situations étaient cocasses.

J’ai commencé Fendre l’armure d’Anna Gavalda. Mais que cette femme écrit bien. Ça m’épate.

Je file avaler mon petit bol de soupe. Le bateau quitte le quai dans 30 minutes.

Jour 5 : Pêche aux vertiges

Le corps est balaise. Ma tête prend la décision et rendez-vous pour venir ici, et il suit. Non seulement c’est lui qui se traine la lourde valise pleine de ce qui lui servira à affronter températures, intempéries, exercices intensifs et baignades, mais en plus, il a l’air, chaque jour de vouloir me dire un peu plus merci.

C’est lui qui part en randonnées, monte des escaliers tout le temps (nous sommes à flanc de colline) choisit entre longueurs, vélo elliptique ou lever de poids. Lui aussi qui accepte ses tisanes à goût de foin soir après soir. Lui surtout qui boit et élimine toute cette eau. Ici ma tête le suit. C’est mon monde à l’envers. Je me couche quand il en a besoin, me réveille s’il est reposé, ne lit que s’il l’accepte et souvent ne fais rien. Et ça, à Paris, quand c’est ma tête qui gouverne, ça n’arrive jamais. Je fais toujours quelque chose. Alors justement, ce matin, ma tête s’est mise à tourner. Pêche aux vertiges. La sensation est très étrange. Tout va bien, mais ça tangue.

Du coup, du rien ! Et ça passe. Madame qui décide tout est contrainte de suivre le mouvement et je pense que c’est cela qui lui fait du bien. Mais le corps lui rend bien. Il s’allège, ses pantalons s’agrandissent. Il m’offre une mine superbe, le teint frais, plus de créativité, de sérénité, de paix, de confiance, et ça y est pour de vrai, de  joie. Joie de tout, de discuter, d’écrire, de marcher, de professer, de manger de la soupe, de boire de l’eau, de ne pas savoir ce réservent mes défis du retour (et pourtant j’en ai plein).

Mon corps m’épate et cette tendresse est réciproque. Je ne lui fais plus de reproche et à mon tour je le remercie. De me porter et me supporter et tout compenser. Aussi bien le pire lorsque ça ne va pas, que le meilleur lorsqu’il est aussi vaillant pour nous remettre à l’endroit, lui et moi.

Jour 6 : Mode avion

Aujourd’hui, mes occupations ont été sans connexion. Ce téléphone au bout de mes doigts est trop caressé et l’autorégulation n’étant pas mon fort, je l’ai enfermé dans le coffre fort. Gros moyen, me direz-vous, en fait pas. Ajouter encore un code à son activation m’aurait fatiguée d’avance. Ça a tout à fait marché.

Alors j’ai médité, lu sur du papier, randonné, dansé, consigné mes pensées, ai été massée et je n’ai rien posté. J’ai cueilli de la menthe dans le potager pour la glisser dans ma bouteille. Toujours cette eau ! Sans déconner, je commence à saturer. J’ai dormi quelques fois aussi et tout fait tout au ralenti.

Demain, je romps le jeune et je suis prête. Ce soir je rêve de salade, des tomates concassées, de vinaigre et d’oignons doux. Je ferai revenir des amandes dans de la sauce soja et des cajous dans du miel. Je mixerai de l’ail des ours avec un peu d’huile d’olive, du sel, une larme de citron et une goutte de soja. Je mélangerai bien pour que la sauce enrobe tout. J’y lancerai les arachides que je croquerai après les avoir fait tourner sur ma langue. Je prendrai mon temps, je dégusterai tout, chaque goutte des liquides, chaque texture des aliments.

Je suis prête, je salive de l’écrire, mais la salade ne sera pas pour tout de suite. Demain, de la pomme cuite, puis crue. Mardi, un peu de soupe plus solide déjà et des épinards cuits. Mercredi un soufflé de quinoa puis le Bretzel habituel que je m’offre à la gare de Zurich. Je ne le mange pas tout de suite, plutôt le lendemain de mon arrivée. Sinon c’est trop décadent.

J’ai écrit ce matin une lettre à Anna Gavalda. Son livre terminé, la nuit dernière est pour moi une perfection littéraire. Une telle dentelle d’émotions et de situations, que j’ai eu besoin de le lui dire.

La nuit est tombée. Mon sommeil est toujours troublé, mais demain, c’est la remontée.

Jour 7 : Croquer

« Tu as l’air plus douce » m’a-t-on dit à 6h20 ce matin. Mais oui. Douce. C’est ça le fond de moi. Dans ma vraie vie j’exprime, en ce moment, moins de douceur que la nature ne m’en a dotée. Responsabilités, inquiétudes, surplus, fatigue, impatience, rapidité. Ma douceur s’est barrée mais revient, comme les bulles dans cette eau gazeuse qui m’inonde.

C’est probablement cela que je suis venue chercher cette fois-ci. Je me le demandais encore, hier. Et bien, arrivée dans l’état dans lequel j’étais, il m’a fallu 7 jours pour rejeter de mon organisme tout ce qui s’y était accumulé : une année de folie, des voyages en pagaille, un traitement lourd mais réussi, mon lot de préoccupations, de tensions et d’incertitudes. Mon quotidien contenu, tiré, poussé et si plein, s’est ici liquéfié.

Un jeûne n’est pas une prouesse physique. Si on a décidé de le mener à bien pour soi, ça ne fait pas mal et on n’a pas faim. En revanche, on traversera les états que notre corps requiert pour retrouver son équilibre. Et notre tête aussi. L’évolution de chacun ici est visible à l’oeil nu. La mine des uns et des autres est étonnante. Un jeûne est un voyage en soi, une parenthèse qui reboot les disques durs. Les cellules, le moral, l’intestin, l’humeur.

J’ai mangé ce soir une soupe épaisse avec des petits morceaux de légumes. J’ai croqué chaque morceau comme si c’était une religieuse. C’était aussi grisant que vite fini. Mais je vais reprendre doucement mon alimentation, pour surtout, entretenir cette douceur retrouvée.

Merci de m’avoir suivie et soutenue. Je n’ai qu’une seule dernière chose à vous dire :

vous devriez essayer !

 

Publié le 30 mai 2017

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2 commentaires sur “Journal de jeûne 2017”

  • Anna dit :

    Bonjour,

    A vous écouter ou vous lire plutôt c’est une expérience tentante même si au premier abord la privation fait peur quand on est très gourmande.
    Mais en groupe je pense que c’est motivant.
    Vous faites ce jeune ou ?
    Cette expérience a un cout j’imagine ?
    Merci pour vos articles
    je suis fan

    Anna

  • WENDLING dit :

    Bonjour Florence,

    Avez vous un lien pour la formule de jeun que vous avez faite ?
    Ca m’intéresse.
    Et merci pour vos articles, je vous kiffe !
    Cordialement
    Hélène

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