interview sur le bonheur dans la revue Influentia de Florence Servan-Schreiber

Interview : « Une vie faite de plaisir(s) serait parfaitement incomplète »

Presse
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Fût-elle émue enfant par le contre de Perrault qu’elle se révât en Peau D’âne, confectionneuse de cakes d’amour, de petits pains de bonheur ?

Car Florence Servan-Schreiber tient de ce personnage : pétrie de psychologie positive et toquée de cuisine, elle sert ses recettes bien-être, plaisir… muée en professeure de bonheur.

Interview, parue dans Influencia, revue de l’innovation de la communication et des tendances. Par Isabelle Musnik.

Le bonheur est une notion relative, mais une émotion bien tangible. Il existerait deux types de bonheur, le premier qui comblerait le plaisir de l’un de nos sens et le second qui impliquerait un « engagement envers d’autres individus. ». Quel est le meilleur selon vous ? 

Ils sont indissociables et incomplets sans un dernier larron, car le bonheur est composé de trois éléments :

Le plaisir, en effet activé par une stimulation sensorielle, (lorsque c’est bon, doux ou chaud).

L’engagement qui nous relie à de projet et aux autres (impliquant et/ou chaleureux).

Et enfin le sens que nos actions ont pour nous (utilité et fierté)

Car les statistiques démontrent, par exemple, qu’un indice de bonheur ou de malheur ne permet pas de prédire un taux de suicides. Alors que l’absence de sens est un indicateur précurseur d’un passage à l’acte

Imaginer une vie qui ne serait faite que de plaisir serait parfaitement incomplet. Ce que l’on appelle le bonheur est un mélange d’équilibre retrouvé, de fulgurances, de relativisations, de surprises, de productions, de paix intérieure, et de joie.

Mais pas seulement, car une autre épice indispensable au bonheur, paradoxalement est son compagnon le plus inattendu : le malheur. Il n’est pas son opposé, mais son complément. Il donne du relief au meilleur de ce que nous vivons.

Vous dites  qu’il suffit de « 3 kifs par jour » pour cultiver le bonheur car le bonheur ne s’apprend pas mais se travaille. Comment peut-on le travailler ?

Un kif est une expression de sa gratitude. Il s’agit donc de l’instance où un plaisir se transforme en moment de grâce. La nuance est légère, mais déterminante. Martin Seligman, l’initiateur de la psychologie positive que l’on appelle aussi la science du bonheur, a mené dans ses laboratoires de l’Université de Pennsylvanie des études autour de la gratitude. Il a démontré que lorsqu’on se plie à un simple exercice qui consiste à remercier pour trois situations qui se sont déroulées au cours de sa journée, notre niveau global de satisfaction progresse systématiquement. C’est l’un des exemples de notre capacité à « muscler » certains de nos comportements pour influencer notre bonheur.

Mais ça n’est pas le seul. Nous bénéficierons aussi d’une meilleure production de dopamine (l’hormone du bien-être) dans le cerveau lorsque nous rendons service à quelqu’un, faisons du sport, nous réjouissons des victoires des autres, ou effectuons des choses pour la première fois.

Quels mots français (et étrangers) pourraient définir ce qui nous anime positivement ? 

Kif : pour la force rassurante et contagieuse de la gratitude

Paradigmes : pour la curiosité et l’énergie que m’inspire de contribuer à les voir changer

Délicatesse : des sentiments, des formes, des assemblages, des couleurs et des revirements de l’existence.

Synchronicités : accepter le formidable qui se présente totalement par hasard. Je me dis dans ces moments-là qu’il doit y avoir une grande marionnettiste joueuse là haut.

Awe : l’émerveillement que l’on ressent face à quelque chose de bien plus « grand » que soi, comme la nature. L’égo s’efface et l’humilité nous envahit.

Quelle est votre émotion préférée?

Ex aequo : la joie, la félicité, l’excitation, l’affection et tous les effets secondaires du rire.

Comment peut-on procurer de l’émotion dans les entreprises ?

L’émotion y est déjà, puisque nous sommes tous traversés par des sensations en permanence et qu’il nous est impossible de les contrôler. Votre question sous entend probablement de pouvoir plus exprimer ce que nous ressentons lorsque nous sommes dans l’entreprise.

Que ce soit de la peine, de la rage, de l’appétit (au sens large) ou de la fierté, il y a presque toujours quelqu’un à l’initiative de ce que nous éprouvons. Et accepter qu’au delà d’exécuter son travail chacun va aussi traverser différents états nous donne des pistes.

Créer des espaces physiques qui favorisent l’échange,

introduire des questions qualitatives sur l’expérience de chacune lors d’entretiens d’évaluation,

commencer les réunions par les bonnes nouvelles d’un projet,

prendre le temps d’exprimer sa reconnaissance,

accepter les conflits comme une expression d’une incompréhension et les adresser pour les résoudre.

Vous dites que 24 forces constituent notre caractère: Sagesse, Connaissance, Courage, Humanité, Justice, créativité etc … et que nous les aurions toutes de manière plus ou moins affirmée. Quelle est la combinaison gagnante ? 

La vôtre, la mienne. Car il n’y en a qu’une seule qui nous permette, à chacun de réaliser qui nous sommes. L’intérêt de connaître ses propres qualité est de cesser de nous raconter des histoires à propos de nos valeurs, de notre manières de faire, de ce qui nous inspire. L’alliage de nos qualités est parfaitement unique et ne peut pas être reproduite par quelqu’un d’autre.

Nous pouvons donc nous inspirer des gens autour de nous, mais sans chercher à les copier. S’appuyer sur sa propre singularité est le meilleur service que l’on puisse rendre à ses projets, au sens que nous cherchons et à son épanouissement professionnel et personnel. Se connaître est la première étape pour travailler sur soi et sur ses rapports avec les autres. A tel point, que j’ai rebaptisé ces qualités : nos super pouvoirs. Lorsqu’ils sont alignés ils nous procurent l’énergie nécessaire pour réussir ce qui est difficile et gratifiant.

Serait-ce bien si nous n’avions que des émotions négatives ?

Quelle drôle d’idée. L’inverse ne serait d’ailleurs pas mieux. N’éprouver que du positif perdrait de sa saveur. Car le contraste joue beaucoup dans notre bonheur. Lorsqu’il fait beau tout le temps, on ne s’en rend plus compte et on passe à côté du meilleur. Nos capteurs de récompenses ne travaillent que si ceux de la douleur sont actifs.

Vos 10 conseils pour être heureux aujourd’hui ?

Je vous livre ici les conseils sympathiques et scientifiques que nous avons résumés pour la Fabrique à Kifs :

1. BOIRE beaucoup, si c’est de l’eau. C’est le carburant le plus important.

2. FAIRE PIPI souvent. Le stress est tel que nous oublions les choses les plus simple

3. MANGER des sardines. Oui oui, notre cerveau a besoin d’oméga 3 pour ne pas déprimer.

4. AIDER quelqu’un. Pour la douche de dopamine dont bénéficiera notre cerveau

5. S’AFFIRMER. Car c’est s’estimer et trouver sa place.

6. PENSER moins à l’argent ! Les économistes ont déterminé que l’accumulation de bien n’a jamais rendu personne heureux.

7. RIRE ET DORMIR pour se ressourcer.

8. S’ENTOURER de nature.

9. CHÉRIR les autres, pour pouvoir s’enrichir.

10. SE LANCER pour se découvrir.

Publié le 7 mars 2017

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